octobre 26, 2021

Les Franco-Turcs

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Sagalassos, la cité des rêves et perle du Taurus

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La période estivale, propice à la flânerie et aux découvertes culturelles, m’a menée sur les traces d’une cité antique de l’Anatolie qui fut longtemps oubliée. Ensevelie sous la terre durant des siècles, elle a récemment resurgi. Sagalassos, la cité des rêves et perle du Taurus, était devenue inaccessible jusqu’à ce qu’un groupe d’archéologues de différentes nationalités commencent à s’intéresser à ce lieu mythique.

Nichée sur le versant nord de la chaîne des montagnes du Taurus, à une altitude allant de 450 à 1 750 m, elle se situe dans la province de Burdur, au sud-ouest de la Turquie. À quelques 115 km au nord d’Antalya et à 7 km d’Ağlasun, aménagée sur une terrasse de la montagne Akdağ, elle se dresse au-dessus d’une plaine verdoyante. De la ville, une vue panoramique s’étend sur les montagnes. Une balade dans les ruines, d’une blancheur éclatante, s’impose alors au voyageur.

Lors de sa première visite à Sagalassos en août 1984, le professeur Marc Waelkens, de l’Université catholique de Louvain en Belgique, fut frappé par l’absence d’infrastructure sur ce site. Il pressentit l’importance archéologique du lieu et à partir de l’été 1990, la cité pisidienne fut l’objet de recherches archéologiques interdisciplinaires sous sa direction.

Si vous souhaitez suivre les pas d’Alexandre le Grand et d’Auguste, je vous invite à partir à la découverte de cette ancienne ville d’Asie Mineure que les écrivains antiques décrivaient comme la cité des guerriers audacieux où prospérité et sérénité rimaient avec longévité.

Dans cette région, connue dans l’Antiquité comme étant la Pisidie, vivait l’un des premiers peuples de l’Anatolie. Les premières traces de présence humaine datent de l’époque Épipaléolithique, vers 12 000 ans avant notre ère. Située près du lac de Burdur, près des collines boisées et des terres fertiles, la région était idéale pour l’agriculture, la chasse et l’élevage. Après la conquête de l’Anatolie par les Perses en 546 avant notre ère, les forteresses existantes furent graduellement remplacées par les agglomérations agricoles basées au pied des montagnes. Les habitants devaient pratiquer l’agriculture sur les côteaux aménagés en terrasse, à l’est de la ville classique, et extraire l’argile pour la production de céramique. Dès le début du 5e siècle, les Sagalassiens figuraient vraisemblablement parmi les mercenaires de l’armée perse. Ils avaient pour réputation d’être les plus belliqueux des combattants pisidiens, ce qui expliquerait la récurrence de la représentation d’armes et d’armures sur les monuments publics et privés de la ville jusqu’au début de l’époque impériale. L’épisode de la prise de la ville par Alexandre le Grand en est d’ailleurs une illustration.

En 333 avant notre ère, lorsqu’Alexandre le Grand et ses hommes l’encerclèrent, elle fut l’une des rares cités à leur résister. Pour prendre la ville, le conquérant macédonien fut contraint de livrer bataille sur une colline que les archéologues surnommèrent plus tard « le mont Alexandre ». Elle fut néanmoins contrainte de courber l’échine devant l’envahisseur. C’est ainsi que son nom entra dans l’histoire pour la première fois.

En 133 avant notre ère, le dernier roi de Pergame légua son royaume à l’Empire romain. C’est le règne d’Auguste qui initia une vraie métamorphose de Sagalassos. Les Romains construisirent la via Sébaste, l’une des plus importantes voies romaines en Anatolie. La route offrait un accès direct à la Méditerranée par l’intermédiaire de Perge, au sud, dont le port permettait notamment d’exporter les excédents agricoles et la production de céramique tant appréciée dans tout le bassin méditerranéen. La ville profita de cette voie romaine et de la présence d’argile sur son territoire pour initier la production industrielle de céramique fine de très bonne qualité. À cette époque, un climat plus doux permettait aussi de pratiquer l’oléiculture jusqu’à une altitude de 1 410 m (au lieu des 900 m actuels).

De grands travaux furent menés à cette période, notamment la construction de rues pavées et d’un aqueduc de 23,5 km, en partie taillé dans le rocher, qui puisait l’eau provenant de plusieurs sources situées dans la montagne « blanche » Akdağ, à l’est de la ville. Il alimentait la fontaine historique, d’autres fontaines et les nouveaux quartiers domestiques. Dans le premier quart du premier siècle, des bains de type romain alternant espaces chaud, tiède et froid furent également bâtis. Ces thermes étaient les plus anciens de l’Anatolie.

Dès le règne de Néron, des jeux agonistiques – la course, la lutte et la boxe pour adultes et enfants – furent probablement introduits. Le stade de la ville fut construit dans le but d’encadrer ces jeux. La ville se couvrit alors de monuments prestigieux : théâtre, bibliothèque, forums, agora inférieur, agora supérieur, nymphées, nouveaux bains impériaux, temples, etc. Au cours de la transition du Ve au VIe siècle, un premier séisme causa des dégâts considérables mais la ville les surmonta en entreprenant des travaux de reconstruction qui furent brusquement interrompus vers le milieu du VIe siècle. En effet, en 541-542, la peste décima un tiers de la population en Anatolie, aussi bien au sein des élites que des classes inférieures. À la suite d’un autre tremblement de terre entre les années 602 et 610 de notre ère, la ville fut de nouveau détruite. Les habitants s’installèrent peu à peu dans la vallée et la cité fut complètement abandonnée à la fin du XIIe siècle.

En visite dans l’Empire ottoman à la demande du roi Louis XIV, le diplomate français Paul Lucas découvrit la ville en 1706. Dans ses mémoires, il écrivit n’avoir jamais vu d’endroit si riche en eau. Avec ses quelques 90 sources d’eau qui fonctionnent toujours, l’accès a l’eau est l’une des particularités de Sagalassos. La partie la plus haute de la montagne est calcaire, mais à hauteur de 1 400 jusqu’à 1 700m -ce qui correspond exactement à l’altitude de Sagalassos- on trouve des couches d’argile. L’eau s’infiltre dans le calcaire et lorsqu’elle atteint les couches d’argile, elle doit sortir. Le côté nord de la montagne est couvert de neige jusqu’à mi-mai, d’où une infiltration d’eau constante : l’eau jaillit de partout. Le second atout de cette cité est sa situation stratégique. La ville ayant probablement été habitée à partir du Ve siècle- période très instable en raison des guerres- il était important d’être bien protégé. Lorsqu’Alexandre le Grand conquit la ville, il constata d’ailleurs que la situation de la ville la protégeait autant que ses murailles.

Si certains ouvrages considèrent que les cités antiques sont susceptibles de disparaître de la scène historique, les archéologues savent très bien que rien ne s’efface dans l’histoire. La terre recouvrant les empreintes et monuments historiques de la ville à la suite du séisme les a conservés de manière intacte au fil du temps. Que diriez-vous d’une halte dans l’un des plus beaux sites de l’Anatolie lors de vos prochaines vacances en Turquie ?

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