décembre 3, 2021

Les Franco-Turcs

Site d information

Le 29 octobre 1923 ou la naissance de la République

4 min read

Novembre 1918. À l’issue de la première guerre mondiale, l’immense Empire ottoman -mosaïque de peuples réunis sous le joug turc-, qui s’était allié avec l’Allemagne de Guillaume II, se retrouve dans le camp des vaincus. En 1919, il est démantelé et ses dépouilles sont partagées entre les pays vainqueurs. Les Anglais occupent notamment la Mésopotamie [l’actuel Irak], les Français s’installent en Syrie et les Italiens dans le sud-ouest de l’Anatolie.

Général de brigade, Mustafa Kemal lutte contre les occupants et mène la guerre d’indépendance turque. Ayant débouté l’ennemi, il libère le pays et devient le « Gazi » [le victorieux], un chef militaire respecté. Il est d’ailleurs surnommé « Atatürk », ce qui signifie en turc « le père des Turcs ».

De sa naissance à sa mort, les divers combats menés par Mustafa Kemal Atatürk (1881-1938), le fondateur de la République turque, ont permis de moderniser le pays et d’instaurer la laïcité. La Turquie, qui était sur le point de disparaître de l’échiquier international, connaît un retournement de situation inédit en seulement une quinzaine d’années.

Homme de destin, Atatürk incarne le rêve du peuple turc qui se replie sur le territoire turc, créant ainsi une rupture avec la volonté d’expansion de la Sublime Porte. Ayant vaincu l’ennemi, Mustafa Kemal bâtit un socle économique, culturel et politique sur les ruines de l’empire. Il organise des élections afin de former la grande assemblée générale d’Ankara et est élu chef du gouvernement en 1920. Il mène des réformes à l’intérieur du pays : le sultanat est aboli et la République de Turquie est proclamée le 23 octobre 1923. La capitale est alors fixée à Ankara et la laïcisation est très forte avec la séparation de l’État et de la religion. Le califat est supprimé, le calendrier occidental, l’alphabet latin et le système métrique sont adoptés par la nouvelle Turquie, et l’éducation tous azimuts devient la préoccupation du « Gazi ». À sa mort, 80 % des Turcs, filles et garçons, savent lire et écrire, contre 13 % en 1918. En effet, sous l’Empire ottoman, seule une petite frange de la population qui avait accès à l’éducation parlait la langue du palais : l’arabe, le turc ottoman et le persan. Le peuple, quant à lui, qui vivait en Anatolie et parlait uniquement la langue turque, était considéré comme une espèce de berger inculte. L’adoption de l’alphabet latin, mieux adapté à la langue turque, a facilité l’apprentissage en masse de la lecture et de l’écriture.

La condition de la femme s’améliore aussi considérablement dans la Turquie kémaliste avec l’abolition de la polygamie, le droit au divorce et le droit de vote des femmes aux élections générales dès 1933. En comparaison, les femmes françaises obtiennent le droit de vote en 1944.

Atatürk entretient des relations étroites avec la France. Il fait partie de cette génération de Turcs qui parlent, lisent et écrivent parfaitement bien le français. Il lit notamment De l’esprit des lois de Montesquieu, est en contact avec un certain nombre d’hommes politiques français et vient à plusieurs reprises en France pour des manœuvres militaires et des visites d’usines. Des fonctionnaires et hauts fonctionnaires sont envoyés en Turquie, par la France, dans les années 1930 et les enfants de la bourgeoisie stambouliote fréquentent les écoles françaises privées et laïques.

Par son allure, son élégance, ses tailleurs et chapeliers, Mustafa Kemal prête non seulement une grande attention à sa tenue mais également à l’image, de manière plus générale. Très sensible à la communication, il rencontre des journalistes et donne des interviews à des femmes journalistes étrangères : il comprend très vite l’importance de bien recevoir et d’être bien reçu par ses correspondantes. Il crée aussi une agence de presse, l’Agence Anatolienne, au début de la guerre d’indépendance car il considère que la presse est un outil de guerre. Comme le Général de Gaulle, c’est un visionnaire, très en avance sur son époque. Il fait avancer le pays vers la modernité et son principal héritage est sans conteste la laïcité à la turque qui a inspiré des pays musulmans comme la Tunisie de Habib Bourguiba, l’Afghanistan ou le Shah d’Iran.

« Chers amis, les siècles forment rarement des génies. Voyez notre malchance que ce grand génie ait été accordé au peuple turc. Que pouvions-nous faire face au génie de Mustafa Kemal ? » Lloyd George, Premier Ministre britannique.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Copyright © All rights reserved. | Newsphere by AF themes.